Le Destin des Peuples mal gouvernés
Le destin des peuples mal gouvernés
SHANDA Tonme
La Côte d'Ivoire, hier qualifiée de modèle de stabilité et de prospérité, est devenue la Somalie, et peut-être pire que la Sierra Leone, le Liberia et le Congo démocratique dans quelques mois. Deux générations d'intellectuels
des lendemains des indépendances, ont fait la dénonciation du colonialisme,
du néocolonialisme et de l'impérialisme, leur cheval de bataille de toutes
les explications et de toutes les justifications des problèmes du continent.
On ne s'est jamais si bien senti, que lorsque d'un jeu de mots, la France,
les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la Belgique, et pèle mêle, les maîtres
de l'Occident, les auteurs des crimes d'esclavage et du pillage économique,
étaient pointés du doigt.
Pourtant, tout en n'enlevant rien à la responsabilité des maîtres du monde,
les Africains devraient aujourd'hui procéder à un examen de conscience sur
leur part de responsabilité dans le véritable gâchis politique que subissent
nombre de pays du continent. Le sort des peuples africains ne peut plus
maintenant être analysé ni être raconté en se limitant aux seuls malheurs
générés par le colonisateur. C'est vrai, que si les Ruben Oum Nyobe, Patrice
Lumumba et autres n'avaient pas été brutalement assassinés, notre destin
aurait été meilleur. Mais, de là à fonder des excuses pour tout ce qui s'étale de Bangui à Abidjan et de Mogadiscio à Brazzaville, relève de la fuite en avant.
Le processus de destruction d'un pays, de ruine d'un Etat, de perdition d'une classe politique, et ultimement de punition d'un peuple, ne s'est jamais déroulé et mis en œuvre avec autant d'éclat qu'en Côte d'Ivoire.
Nous avions déjà souligné qu'il convenait de remonter jusqu'à la gestion du
premier président ivoirien, pour bien comprendre toutes les articulations de
cette mécanique regrettable de division et de guerre civile.
En fait, lorsque l'on parle de gouvernement de nos jours, la véritable
question à laquelle il faut se soumettre est celle de savoir, «Qui gouverne,
pour qui, et pour quoi» ? Une analyse froide des méthodes, des déclarations,
des pratiques et des actes émanant de certains dirigeants africains, donne
froid au dos, et fait avoir pitié des peuples africains. Il faut être plusieurs fois aveugles et mille fois sourd, pour ne pas réaliser que Laurent Gbagbo a signé l'arrêt de mort de son pays et entériné sa partition de fait en quelques actes. Comment pouvait-il s'attendre à autre chose à très brève échéance, en procédant à l'exclusion ethnique des musulmans du nord, en assassinant Robert Guei, et en livrant la chasse à Ouattara ?
Du jour au lendemain, des peuples, en orphelins, se retrouvent dans le
jeu inextricablement cynique, de voyous et de truands qui gouvernent
d'abord pour eux-mêmes et leurs familles. C'est peu dire que d'affirmer que
l'intérêt général, le sens de l'Etat, et l'esprit républicain, n'ont
jamais constitué des valeurs à défendre pour la majorité des dignitaires
africains.
De l'Etat, beaucoup n'ont qu'une idée tristement vague qui correspond
plutôt à l'image d'un grand village perdu dans la brousse, à la tête de
laquelle ils trônent.
Vouloir aujourd'hui nous convaincre qu'il est possible de sauver
l'Afrique à travers des tas de discours futiles est tout simplement impossible. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire nous a défintivement renversé et renvoyé à
nos mœurs réels, de même que nous comprenons à partir de là, que tous les
errements politiques sectaires et anti-démocratiques, se payent tôt ou
tard par la division des peuples. Tant mieux, si par la faute de la mauvaise
gouvernance, avec la complicité passive ou active des partenaires
extérieurs, les peuples africains en reviennent petit à petit à des
frontières plus cohérentes sur des bases essentiellement
echno-tribales. Le mythe de l'intangibilité des frontières que d'aucuns ont voulu sacraliser, volera bientôt en éclats, et ce sera le fait de dictateurs inconscients et d'intellectuels génocidaires, qui auront choisi de faire de l'exclusion leur philosophie de gouvernement.
Ainsi ira l'Afrique demain, partagée et divisée en tribus, et en micro-Etats, à défaut d'être bien gouvernée et gérée selon des principes démocratiques transparents. La logique est devenue imparable, et personne n'arrêtera plus cette folle machine d'émiettement et de récomposition géopolitique. Chaque fois qu'un chef d'Etat n'aura pas fait le nécessaire pour assurer la cohésion durable de toutes les composantes nationales de son pays, il devra s'attendre à ne plus être qu'un banal chef de guerre. En réalité, la marge de manœuvre entre un chef d'Etat et un chef de guerre, est insignifiante. Ceux qui gouvernent pour leurs ethnies uniquement, ne sont rien que des chefs de tribu, et ils finissent toujours par susciter des réponses conséquences des autres tribus, lesquelles recourent alors à la sécession comme voie légitime de libération et d'auto détermination.L'exemple de la Côte d'Ivoire interpelle tout le monde, et rappelle que plus d'un pays qu'il ne vaut plus la peine de nommer, ne sont que des poudrières en sommeil, qui ne tardent à exploser que parce que les constradictions n'ont pas atteint leur paroxysme.
Dans le contexte des gouvernances malicieuses faites de constitutions
taillées sur mesure que subissent plusieurs pays, il est devenu franchement
difficile d'envisager l'avenir autrement, que dans une logique violente. Les
régimes en place ne semblent pas du tout prêts, à assurer une transition
démocratique réelle fondée sur des lois fondamentales débattues et adoptées
dans les urnes par la majorité des citoyens. Or si ce blocage persiste, c'est aussi dû au fait que ceux qui tiennent les rênes du pouvoir, sont presque tous certains, qu'une transition démocratique supposerait leur mise à mort, des procès interminables pour les vols, le pillage, les meurtres, les vexations de toutes sortes dont ils se seraient rendus coupables tout le long de leurs règnes.Reste alors l'hypothèse d'une transition intra-ethnique, c'est-à-dire
conçue comme la transmission du pouvoir à un frère de la même ethnie soit par
la voie d'une révolution de palais, soit par un montage institutionnel qui
crée un dauphin familial.
C'est apparemment le schéma de plus en plus rêvé au Togo et au Gabon, où les chefs d'Etat en place préparent activement leurs progénitures. Pourtant, les citoyens partout en Afrique, n'acceptent plus cette logique et sont disposés à plonger dans la guerre civile à pour empêcher cette logique.
Le problème qui se pose en Côte d'Ivoire et ailleurs, n'a en réalité
rien de nouveau et ne devrait même plus surprendre. C'est davantage la
stupidité des dirigeants à l'instar de Gbagbo, qu'il faut plaindre, et non la
faisabilité ou la probabilité politique des sécessions dans les cas de mauvaise
gouvernance. Il faudrait aussi signaler, que cette logique n'est pas
propre aux Africains. De tout temps et partout dans le monde, les groupes
culturels spécifiques se sont soulevés chaque fois qu'ils se sont estimés brimés et marginalisés.
Dès lors, comment ne pas reconnaître que ceux qui, nationaux ou étrangers,
de l'intérieur ou de l'extérieur, ont bloqué toutes les voies d'expression
et de construction de la démocratie en Afrique et encouragé le règne des
potentats, ne sont pas responsables du destin tragique actuel de nos peuples
condamnés à la division et la guerre civile ? La culture de l'intolérance et
la politique de l'exclusion, ne sont pas tombées du ciel, elles résultent de
volontés endogènes et exogènes à la fois, qui se sont imposées pour servir
des objectifs dangereux pour les peuples.
Penser un seul instant que la Côte d'Ivoire a encore un avenir cohérent, relève de la chimère. La Côte d'Ivoire est finie, complètement finie, tout comme le seront demain tous les pays qui ne prennent pas dès aujourd'hui, des mesures institutionnelles urgentes de correction. Ce qui est en cause, c'est le choix entre la République et l'Etat pour tous les citoyens, ou la mort programmée des entités actuelles. «Chacun pour soi, Dieu pour tous».
Les stabilités factices trop longtemps bâties sur le subjectivisme et
le mensonge, n'ont plus le charme d'hier. Le monde a changé, et les démocraties
de brousse fonctionnant pour le plaisir et les loisirs de quelques illuminés
soutenus par des armées de tortionnaires et de mouchards, sont irrémédiablement condamnées.
à bientôt....
SHANDA Tonme
La Côte d'Ivoire, hier qualifiée de modèle de stabilité et de prospérité, est devenue la Somalie, et peut-être pire que la Sierra Leone, le Liberia et le Congo démocratique dans quelques mois. Deux générations d'intellectuels
des lendemains des indépendances, ont fait la dénonciation du colonialisme,
du néocolonialisme et de l'impérialisme, leur cheval de bataille de toutes
les explications et de toutes les justifications des problèmes du continent.
On ne s'est jamais si bien senti, que lorsque d'un jeu de mots, la France,
les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la Belgique, et pèle mêle, les maîtres
de l'Occident, les auteurs des crimes d'esclavage et du pillage économique,
étaient pointés du doigt.
Pourtant, tout en n'enlevant rien à la responsabilité des maîtres du monde,
les Africains devraient aujourd'hui procéder à un examen de conscience sur
leur part de responsabilité dans le véritable gâchis politique que subissent
nombre de pays du continent. Le sort des peuples africains ne peut plus
maintenant être analysé ni être raconté en se limitant aux seuls malheurs
générés par le colonisateur. C'est vrai, que si les Ruben Oum Nyobe, Patrice
Lumumba et autres n'avaient pas été brutalement assassinés, notre destin
aurait été meilleur. Mais, de là à fonder des excuses pour tout ce qui s'étale de Bangui à Abidjan et de Mogadiscio à Brazzaville, relève de la fuite en avant.
Le processus de destruction d'un pays, de ruine d'un Etat, de perdition d'une classe politique, et ultimement de punition d'un peuple, ne s'est jamais déroulé et mis en œuvre avec autant d'éclat qu'en Côte d'Ivoire.
Nous avions déjà souligné qu'il convenait de remonter jusqu'à la gestion du
premier président ivoirien, pour bien comprendre toutes les articulations de
cette mécanique regrettable de division et de guerre civile.
En fait, lorsque l'on parle de gouvernement de nos jours, la véritable
question à laquelle il faut se soumettre est celle de savoir, «Qui gouverne,
pour qui, et pour quoi» ? Une analyse froide des méthodes, des déclarations,
des pratiques et des actes émanant de certains dirigeants africains, donne
froid au dos, et fait avoir pitié des peuples africains. Il faut être plusieurs fois aveugles et mille fois sourd, pour ne pas réaliser que Laurent Gbagbo a signé l'arrêt de mort de son pays et entériné sa partition de fait en quelques actes. Comment pouvait-il s'attendre à autre chose à très brève échéance, en procédant à l'exclusion ethnique des musulmans du nord, en assassinant Robert Guei, et en livrant la chasse à Ouattara ?
Du jour au lendemain, des peuples, en orphelins, se retrouvent dans le
jeu inextricablement cynique, de voyous et de truands qui gouvernent
d'abord pour eux-mêmes et leurs familles. C'est peu dire que d'affirmer que
l'intérêt général, le sens de l'Etat, et l'esprit républicain, n'ont
jamais constitué des valeurs à défendre pour la majorité des dignitaires
africains.
De l'Etat, beaucoup n'ont qu'une idée tristement vague qui correspond
plutôt à l'image d'un grand village perdu dans la brousse, à la tête de
laquelle ils trônent.
Vouloir aujourd'hui nous convaincre qu'il est possible de sauver
l'Afrique à travers des tas de discours futiles est tout simplement impossible. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire nous a défintivement renversé et renvoyé à
nos mœurs réels, de même que nous comprenons à partir de là, que tous les
errements politiques sectaires et anti-démocratiques, se payent tôt ou
tard par la division des peuples. Tant mieux, si par la faute de la mauvaise
gouvernance, avec la complicité passive ou active des partenaires
extérieurs, les peuples africains en reviennent petit à petit à des
frontières plus cohérentes sur des bases essentiellement
echno-tribales. Le mythe de l'intangibilité des frontières que d'aucuns ont voulu sacraliser, volera bientôt en éclats, et ce sera le fait de dictateurs inconscients et d'intellectuels génocidaires, qui auront choisi de faire de l'exclusion leur philosophie de gouvernement.
Ainsi ira l'Afrique demain, partagée et divisée en tribus, et en micro-Etats, à défaut d'être bien gouvernée et gérée selon des principes démocratiques transparents. La logique est devenue imparable, et personne n'arrêtera plus cette folle machine d'émiettement et de récomposition géopolitique. Chaque fois qu'un chef d'Etat n'aura pas fait le nécessaire pour assurer la cohésion durable de toutes les composantes nationales de son pays, il devra s'attendre à ne plus être qu'un banal chef de guerre. En réalité, la marge de manœuvre entre un chef d'Etat et un chef de guerre, est insignifiante. Ceux qui gouvernent pour leurs ethnies uniquement, ne sont rien que des chefs de tribu, et ils finissent toujours par susciter des réponses conséquences des autres tribus, lesquelles recourent alors à la sécession comme voie légitime de libération et d'auto détermination.L'exemple de la Côte d'Ivoire interpelle tout le monde, et rappelle que plus d'un pays qu'il ne vaut plus la peine de nommer, ne sont que des poudrières en sommeil, qui ne tardent à exploser que parce que les constradictions n'ont pas atteint leur paroxysme.
Dans le contexte des gouvernances malicieuses faites de constitutions
taillées sur mesure que subissent plusieurs pays, il est devenu franchement
difficile d'envisager l'avenir autrement, que dans une logique violente. Les
régimes en place ne semblent pas du tout prêts, à assurer une transition
démocratique réelle fondée sur des lois fondamentales débattues et adoptées
dans les urnes par la majorité des citoyens. Or si ce blocage persiste, c'est aussi dû au fait que ceux qui tiennent les rênes du pouvoir, sont presque tous certains, qu'une transition démocratique supposerait leur mise à mort, des procès interminables pour les vols, le pillage, les meurtres, les vexations de toutes sortes dont ils se seraient rendus coupables tout le long de leurs règnes.Reste alors l'hypothèse d'une transition intra-ethnique, c'est-à-dire
conçue comme la transmission du pouvoir à un frère de la même ethnie soit par
la voie d'une révolution de palais, soit par un montage institutionnel qui
crée un dauphin familial.
C'est apparemment le schéma de plus en plus rêvé au Togo et au Gabon, où les chefs d'Etat en place préparent activement leurs progénitures. Pourtant, les citoyens partout en Afrique, n'acceptent plus cette logique et sont disposés à plonger dans la guerre civile à pour empêcher cette logique.
Le problème qui se pose en Côte d'Ivoire et ailleurs, n'a en réalité
rien de nouveau et ne devrait même plus surprendre. C'est davantage la
stupidité des dirigeants à l'instar de Gbagbo, qu'il faut plaindre, et non la
faisabilité ou la probabilité politique des sécessions dans les cas de mauvaise
gouvernance. Il faudrait aussi signaler, que cette logique n'est pas
propre aux Africains. De tout temps et partout dans le monde, les groupes
culturels spécifiques se sont soulevés chaque fois qu'ils se sont estimés brimés et marginalisés.
Dès lors, comment ne pas reconnaître que ceux qui, nationaux ou étrangers,
de l'intérieur ou de l'extérieur, ont bloqué toutes les voies d'expression
et de construction de la démocratie en Afrique et encouragé le règne des
potentats, ne sont pas responsables du destin tragique actuel de nos peuples
condamnés à la division et la guerre civile ? La culture de l'intolérance et
la politique de l'exclusion, ne sont pas tombées du ciel, elles résultent de
volontés endogènes et exogènes à la fois, qui se sont imposées pour servir
des objectifs dangereux pour les peuples.
Penser un seul instant que la Côte d'Ivoire a encore un avenir cohérent, relève de la chimère. La Côte d'Ivoire est finie, complètement finie, tout comme le seront demain tous les pays qui ne prennent pas dès aujourd'hui, des mesures institutionnelles urgentes de correction. Ce qui est en cause, c'est le choix entre la République et l'Etat pour tous les citoyens, ou la mort programmée des entités actuelles. «Chacun pour soi, Dieu pour tous».
Les stabilités factices trop longtemps bâties sur le subjectivisme et
le mensonge, n'ont plus le charme d'hier. Le monde a changé, et les démocraties
de brousse fonctionnant pour le plaisir et les loisirs de quelques illuminés
soutenus par des armées de tortionnaires et de mouchards, sont irrémédiablement condamnées.
à bientôt....
Par ccn
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| 09/04/2005 13:23
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